Je crois que nous partons tous

Je crois que nous partons tous. Nous finissons tous par nous en aller, loin, loin de cette terre. C’est juste une question de qui s’en ira avant. C’est toujours une course pour s’assurer que ceux qu’on aime restent plus que nous, persistent plus que nous, perdurent plus que nous. Jusqu’à même défier la logique : nous souhaitons que nos parents vivent aussi longtemps que nous, à nos côtés, ici. Que papa fasse le café, raconte des histoires ; que maman nous roule une tartine, nous prépare à manger. Et nous oublions que nous sommes dans le temps – il nous est impossible de le figer, bien que nous nous bornions à lui donner une multitude de noms : des secondes, des heures, des mois interminables. Nous oublions, que le temps est en marche et nous emmène avec lui : il nous emporte sans le moindre répit. Et quand le temps vient nous les réclamer, nous vivons dans un compte à rebours vers le passé, dans une atemporalité éternelle, à jamais dans l’entre-deux. Au meilleur, nous nous en allons vers eux, ceux que nous aimons ; nous courons hâtivement à leur destinée ; nous sommes dans l’impatience de ces retrouvailles, là où les champs de blé sont toujours couleur d’or, là où le ciel est toujours bleu. Nous nous étalerons alors sur le même sol qu’ont béni ceux qui nous y avaient déjà précédés, là où la voûte céleste est éternellement obscure que l’on entend l’univers nous parler et ses histoires infinies nous chuchoter, pour joindre nos voix à ceux qui ont longtemps quitté ce monde – là où étoiles ne cessent de briller.

Amour, R. ♡